Portraits littéraires

Parce qu’il n’existe pas de hiérarchie entre les différentes formes du prendre soin, mais bien une complémentarité, l’accompagnement par l’écriture peut aussi revêtir la forme d’un portrait littéraire de la personne, imprimé dans un document de belle facture, relié main.

Le portait écrit présente et représente. Deux fonctions importantes qu’il est à même de revêtir tour à tour selon les événements et les destinataires.
C’est en songeant au portrait comme trait d’union entre celui qui en est l’objet et celui qui le regarde, entre la vie et la mort, dans sa charge symbolique profonde, qu’Ita Vita a élaboré cette proposition de portraits littéraires, pour soutenir l’idée que l’humain doit être présent au cœur des soins et de la relation.

Le portrait, une démultiplication bénéfique

La rédaction de portraits littéraires en EHPAD se veut une réponse à certaines des problématiques soulevées par la note de position du Cercle Vulnérabilités et Société autour de la fin de vie en EHPAD, – De l’hébergement à l’accompagnement, propositions opérationnelles pour une culture globale de la fin de vie – parue en octobre 2020. Certaines des actions concrètes proposées nous ont apparues pouvoir être facilitées ou mises en place à travers la rédaction des portraits littéraires.
Par extension, le portrait peut aussi trouver son utilité dans toute collectivité amenée à accompagner des fins de vies (établissement hospitalier, associations d’accompagnement par exemple).
Le portrait littéraire est une réponse à la fragmentation identitaire et existentielle qui peut surgir à certains moments de la vie, dans le grand âge, au cours d’une maladie grave, d’un accident de vie, d’une précarité. Autant de moments où il devient essentiel d’être re-connu et valorisé.
Parce que le portrait est un arrêt sur image, celle de la personne, celle qu’il souhaite voir diffuser, ou que l’on souhaite diffuser pour le représenter, il est écrit, sous son contrôle ou le contrôle des narrateurs, à travers le filtre des mots du professionnel de l’écrit, chargé de dessiner les contours puis de mettre en valeur, avec des termes choisis, son unicité et sa richesse.

Le portrait, un format court qui en dit long

Le portrait est un écrit de quelques pages rédigé à la suite d’entretien d’une à deux heures avec la personne, dans une écoute active et profonde destinée à faire surgir de lui, dans une relation de confiance, ce qui le rend unique. Espace d’expression de soi d’abord, il peut signer la volonté de contrôler son image dans un but de transmission ou de diffusion. Rédigé par un professionnel de l’écrit à partir du matériau recueilli, il met en avant la singularité d’une vie, d’une personne, en fixe l’identité, et permet une forme de réconciliation avec soi à travers l’écriture littéraire et le regard de l’autre.
Ce travail s’inscrit dans une charte qui décline les principes de réserve, de respect inconditionnel de la personne, de non jugement et d’une confidentialité réaffirmée.

Selon le projet que l’établissement souhaite mettre en place, le portrait a vocation à être diffusé, lu, porté à la connaissance des tiers pour mettre en lumière la richesse de chaque personne.
Le portrait devient un objet aux multiples bénéficiaires, vecteur de liens important dans une collectivité, entre les personnes qui la forment, ceux qui les prennent en charge ou en soin, les proches et les personnes extérieures. Il témoigne, pour la structure, d’une attention portée à l’autre, qui est à même de fédérer le groupe, et de valeurs humanistes fortes.

Un triptyque de portraits comme trait d’union

Le portrait de résident

Il permet aux résidents de se raconter aux biographes et de recevoir en retour un écrit valorisant et bienfaisant, susceptible d’être transmis à leurs proches et, selon le projet de l’établissement, diffusé auprès de l’équipe, pour leur faire connaître la richesse des personnes qu’ils accueillent.
Imprimés sous une forme esthétique, comme déposés dans un écrin, les portraits peuvent aussi faire l’objet d’une ritualisation, par exemple lors des fêtes d’anniversaire des résidents, par une lecture à voix haute devant les autres résidents et les membres du personnel, comme un cadeau offert à la personne ainsi mise à l’honneur.

Le portrait-hommage

Il est rédigé par les biographes à partir des témoignages des soignants ou des bénévoles sur leur vécu auprès d’un résident qui vient de décéder. Imprimé en un ouvrage de belle facture, il est remis à la famille et pourra être lu, si elle le souhaite, lors des obsèques. Véritable trait d’union entre l’établissement et les proches, il peut aussi prendre part à un rituel de deuil mis en place par l’établissement à l’attention des autres résidents et de l’équipe soignante.

Le portrait de soignant

Destiné à fédérer autour de la mise en valeur collective d’une équipe, ce portrait se doit d’être multiplié par le nombre d’intervenants. Par leur récit de leurs parcours de vie, de choix professionnels, d’engagements, de motivations, les soignants qui se racontent aux biographes témoignent de la culture d’équipe et d’une humanité affirmée auprès des résidents et des familles. Cette parenthèse qui leur est offerte dans un vécu professionnel exigeant et particulièrement éprouvant leur permet de faire le point, de se sentir valorisé et reconnu dans ce qu’il est. La diffusion des portraits à l’échelle de l’établissement permet aux équipes de mieux se connaître, aux résidents et à leurs proches de découvrir la personne derrière le professionnel.

Chaque établissement, chaque structure est à même d’élaborer sa propre réflexion autour de ce que le portrait peut apporter au personnel, aux résidents, comme aux familles, à des moments forts, individuels ou collectifs, y trouver une réponse adéquate au besoin de célébration de l’humain, dans sa vie et dans sa mort, au sein de la structure.